Guy Jaouen - Quels loisirs sportifs? Pour quelle société de demain?

QUELS LOISIRS SPORTIFS?

POUR QUELLE SOCIETE DE DEMAIN?

Guy Jaouen, Président de l’AEJeST 2001-2017,
L’Association Européenne des Jeux et Sports Traditionnels
Chercheur en anthropologie corporelle, attaché à l’Université de Brest (France)

Résumé:
Le vocabulaire de la vie moderne utilise souvent dans un sens inapproprié le terme « traditionnel », lequel vient du Latin traditio « action de transmettre ». Les jeux traditionnels qui nous ont été transmis de génération à génération sont les expressions corporelles reflétant, dans le monde entier, la culture particulière des différentes communautés existantes. Ces jeux représentent un élément de reconnaissance culturelle à travers leur logique interne, une façon d'exprimer une identité.
En Grande-Bretagne, au 19ème siècle, la plupart des jeux des communautés locales furent standardisés pour devenir des activités organisées autour du nouveau modèle rationalisé de la société britannique, industrialisé et avec création de temps libre. Ce nouveau concept s'est imposé dans le monde au détriment de la diversité des pratiques corporelles régionales, en même temps que la société industrielle Occidentale s'imposait.
Longtemps condamné par l’Eglise et suspecté par le Pouvoir, le jeu traditionnel ne fut pas mieux traité par la recherche académique qui l’a, soit abandonné, soit souvent habillé d'indignité. Aujourd'hui de nombreux jeux traditionnels sont toujours vivants malgré la domination institutionnalisée imposée par la structure des sports modernes. Éléments d’identité des communautés régionales, de la même façon que les danses, la musique, la gastronomie, les jeux traditionnels sont des laboratoires vivants de la démocratie locale, des différentes relations interculturelles et humaines.

Mots clés: traditionnel, culture corporelle, démocratie locale, inter culturalité, diversité.

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En 2001, lors d’une réunion regroupant des dizaines d’organisations, le réseau européen des jeux traditionnels décida de créer une structure officielle dont le but serait de mettre en œuvre une politique de promotion des jeux traditionnels, en général. Néanmoins un des objets était aussi de formuler des questions concernant le futur de nos sociétés en considération du rôle et de la place prise par les sports dans la vie d’aujourd’hui ; en effet derrière le sport il y a de très lourds enjeux et d’importantes questions. Dans les années qui suivirent, quelques unes de nos conférences eurent pour objet de traiter des héritages et des transmissions que nous avons reçus à travers les jeux de tradition culturelle, et de la diffusion qu’il convient d’en faire. Nous étions donc bien là dans la valeur du mot tradition. Autrement dit, aujourd’hui que pensons-nous avoir reçu, que pensons-nous qu’il faille transmettre, pourquoi, comment ? C’est là un important débat de société que nous souhaiterions ouvrir. Nous sommes donc en face de fortes questions, comme : « quelles formes donner à nos loisirs, à ces moments de vie et d’émotion partagées ? », ces loisirs étant directement liés à la société dans laquelle ils se forgeront. Il faut maintenant faire fructifier toutes les idées contenues dans les différents échanges que nous avons depuis plusieurs années. Voici quelques pistes qui ne devraient pas laisser indifférents.

Le mot tradition ou traditionnel est un mot utilisé à toutes les sauces, il est aussi parfois attaqué. De nombreux clichés lui collent à la peau, qu’il traîne souvent comme des boulets. Ainsi, lors d’une récente rencontre avec un député européen, celui-ci disait, en partie avec raison, « tous les sports sont des jeux traditionnels à l’origine ». Il avait raison, inconsciemment, comme avec un sixième sens qu’un historien a pu acquérir, mais son affirmation était également basique, caricaturale, comme un geste de revers de main pour écarter une question embarrassante, comme pour montrer qu’elle ne valait pas la peine d’être traitée de façon sérieuse. En fait, dans cette courte phrase, ce représentant du peuple en avait beaucoup trop dit, ou pas du tout assez.

Les sports sont tous des jeux traditionnels à l’origine : c’est exact si l’on ne regarde qu’avec un rapide coup d’œil, les deux se ressemblent comme un chemin de campagne et une autoroute, deux constructions humaines servant aux déplacements humains, comme les jeux traditionnels et les sports servent à déplacer la pression de la vie de tous les jours lors des moments de loisirs. Le football, le sport le plus connu en Europe, a des ancêtres « jeux traditionnels » un peu partout, que je n’appellerai pas football, un terme anglais qui ne signifie que « ballon au pied ». Le mot balle, ball en allemand et anglais, boll en suédois, bold en danois, bal en néerlandais, est aussi le mot bola en espagnol, palla en italien, pila en latin, désigne une sphère, bhel en indo-européen, et symbolisait également le soleil, la source du renouveau de la vie à chaque printemps. La plupart de nos jeux servaient à l’origine à clôturer des cérémonies funéraires ou de renouveau de la vie (naissances, mariages), autrefois en Grèce, en Chine et chez les Incas par exemple, mais aussi toujours aujourd’hui en Mongolie, chez les Ouzbèques, et même parfois chez nous dans les fêtes patronales, après la messe. Nous pouvons à ce propos remarquer une certaine similitude entre les jeux du stade de l’ancienne Rome, et leur effet de mise à mort, et certains matchs de football d’aujourd’hui servant d’exutoire à la population.

DE LA BALLE AU PIED AU FOOTBALL DES STADES

Le ballon au pied, soit disant anglais, était joué un peu partout dans le monde, avec des règles différentes suivant les régions, dans un environnement différent. Il mélangea même le jeu de mains et de pied, ce qui signifie que le football gaélique irlandais fait aussi partie des ancêtres du football. Presque tous les peuples avaient leur jeu de ballon, comme ils avaient leur lutte, à la fois semblables vus de loin, mais en même temps très différents à l’analyse de leur structure interne. Une balle est une balle, la lutte est la lutte. Parmi les plus connus, en plus du « soccer », le football européen, il nous reste le football australien, le football américain, et quelques autres, pour des centaines de méconnus. En effet, qui connaît le ballon au pied mélanésien, où la balle est une noix de coco vide, ou le Tsu-Chu chinois, sport des empereurs chinois pendant des siècles, mais la Soule est un mot qui nous parle. Pourtant le jeu que les auteurs décrivent comme la Soule, ou Choule, ou Chole, ou Velad, Hurling, Cnappan, Shrove Tuesday Foot-Ball, etc., fut jouée au pied, à la main, avec les deux ensembles, avec un bâton, suivant les régions. Parfois un même nom représente donc des jeux différents, et à l’inverse, parfois des noms différents sont donnés à un même jeu, selon les zones culturelles. Dans ces régions qui allaient de l’Angleterre du Nord au Sud-Ouest de la France, les jeux en question ont donc une structure interne différente, mais la structure externe, le contexte, connaissait de fortes similitudes dans ces régions voisines. Ainsi, tous les ans, pendant plusieurs siècles, les différentes communautés (rurales ou urbaines) y organisent des temps de défoulement lors de fêtes calendaires, où l’autorité accepte certains débordements (une soupape de décompression).

Il faut maintenant reparler du football moderne, pour remettre en cause son mythe d’un jeu existant depuis l’éternité. Joseph Strutt, la grande référence des jeux en Angleterre, décrivait vers 1790 un jeu appelé Goal at Foot-Ball ou Camp-Ball (Dans Sports and Pastimes of the people of england – 1801, publié après sa mort). La structure interne du jeu ressemble à celle du football actuel, mais il précise que si ce jeu fut autrefois prisé par les couches populaires, il est complètement abandonné à l’époque où il écrit. Plus tard, en 1826, William Hone, ré-éditeur de Strutt et spécialiste des traditions populaires en Angleterre, écrivait que le jeu de Foot-Ball « est, et reste un jeu du Mardi gras en Angleterre et en Ecosse» (Il cite ensuite la lettre d’un lettré écossais, datant de 1815, qui parle du foot-ball comme d’une vieille tradition toujours perpétuée dans certaines villes en Ecosse, entre mariés et célibataires endurcis. Les mariés devaient « pendre » la balle, pendaison symbolisée par le dépôt de la balle, 3 fois, dans un nid de lande. Les célibataires devaient, eux, noyer la balle, 3 fois, dans une rivière. A la fin du jeu, la balle était coupée en tranches, comme dans le jeu de Ruzzolone (lancer du fromage en Italie) où des tranches de fromage sont offertes aux participants…). La même année, un gentleman londonien rapporte, suite à une festivité du Mardi gras, que le terme de Foot-ball day (journée du foot-ball) (Un ami de M. Hone, qui passait en calèche à travers plusieurs villes (du côté de Twickenham), remarqua que tous les habitants sécurisaient leurs vitrines et fenêtres côté rue. Les joueurs poussaient une balle devant eux, et à chaque porte réclamaient un peu d’argent (malheur aux vitres de la maison qui n’en donnait pas…). Plusieurs « équipes » de souscripteurs parcouraient la ville. A midi, des matchs de soule eurent lieu dans les rues, et « après quatre heures de jeu tous les joueurs se retirèrent dans les bars pour dépenser l’argent de leur quête ») lui était inconnu, ces deux exemples confirmant les explications de Strutt concernant le Camp-Ball. Le Foot-ball day ou Foot-Ball du Mardi gras a en effet une structure interne différente, et le but est aussi de faire une collecte d’argent pour alimenter la fête dans les pubs. Il apparaît donc que le football moderne est une reconstruction, dans la deuxième moitié du 19ème siècle, d’une ancienne pratique dont les cendres étaient encore chaudes, sans rupture complète de mémoire, tout comme ce fut le cas pour le judo en 1882.

Le football australien provient pour sa part du football gaélique joué en Irlande, remanié par les Australiens. Les Australiens ont introduit un ballon ovale au lieu du rond, et un terrain ovale au lieu du rectangulaire. Cet exemple montre une fois de plus que l’être humain, même dans une société hautement technicisée, cherche toujours des activités où sa communauté peut se reconnaître. Mais ceci fut surtout dû au fait que les Irlandais n’eurent jamais l’esprit expansionniste pour développer leur sport, ayant sans doute eux-mêmes souffert trop longtemps de l’expansionniste anglais. Leur devise fut, jusqu’à une époque récente, qu’un sport doit se développer dans la communauté culturelle qui l’a forgé, où le jeu offre donc des repères déchiffrables par ses membres. Le football gaélique est lui aussi un autre jeu de ballon issu de ce que l’on considère à tort comme un seul et même jeu, la Soule. En 1527 un texte nous précise que chaque camp avait une centaine de joueurs, plus tard un autre texte nous décrit une rencontre entre mariés et célibataires lors d’une fête patronale. Le jeu était considéré comme brutal. Il fut codifié vers 1880, c’est-à-dire à une époque où c’était la mode de transformer les règles internes des jeux pour créer ce que l’on a appelé Sport partout dans le monde (le mot sport, en anglais, signifiait à l’origine loisir, passe-temps, jeu compétitif).

Le football américain est lui issu du football anglais moderne, vers 1870. Aux USA le jeu se développa dans les universités, puis divergea dans de nombreuses directions, à tel point qu’en 1873-74 il n’était plus possible d’organiser un match entre elles car chacune avait introduit de nouvelles règles, évidemment différentes ! Plus tard, l’influence de ce qu’on appelle Rugby aujourd’hui, fit qu’une association se créa, décidant d’avoir un développement indépendant des jeux européens correspondants. Ainsi aujourd’hui, même si d’après le discours des acteurs l’on voit toujours dans le jeu les éléments du football et du rugby, l’on peut dire que les règles internes de ce jeu ressemblent plus à ce qu’a pu être le jeu de balle des indiens d’Amérique centrale (Tlachtli ou Pokyah). Ce jeu était organisé lors de cérémonies pour célébrer le soleil et les astres, symbolisés par le ballon. Il opposait deux équipes, structures reflétant les dualismes utilisés lors des cérémonies religieuses entre le bien et le mal, ou le jour et la nuit, l’été et l’hiver. Le jeu était si violent que les joueurs devaient porter des protections sur les épaules, les hanches, les coudes, et les règles du jeu, avec de grandes courses, étaient assez similaires au football américain, qui porte donc bien son nom… Les peintures et bas reliefs de l’époque montrent d’ailleurs cette similitude. En 1905 les matchs de football américain provoquèrent 18 blessures mortelles et 159 blessures graves ! (World Sport Encyclopedia – Wojciech Liponski, 2003).

Voilà pour l’indéniable relation entre les sports et les jeux traditionnels. Elle est souvent assez confuse, mais réelle, et leurs logiques internes ont des points communs s’ils sont de la même famille de jeux. Si l’on prend le jeu de ballon, c’est une balle avec laquelle il faut courir, qu’il faut frapper, puis un but qu’il faut atteindre. Si l’on prend une petite balle, c’est une balle qu’il faut frapper, lancer, chercher à reprendre. Si c’est la lutte, c’est un jeu où l’on doit vaincre l’adversité (soi-même et l’autre) en réussissant la projection, le renversement, l’immobilisation d’un opposant (en fonction des représentations que s’en font les différents groupes sociaux). C’est l’universalité des jeux. Mais nous savons qu’à côté de cette universalité, les jeux sont en fait tous construits de façon différente, à travers un environnement, une langue, un habitus différent. Les sports modernes d’aujourd’hui ne sont donc pas une évolution des anciens jeux traditionnels. Le volley-ball a ainsi été créé aux USA en 1895, le basket-ball en 1891 dans le même pays, le tennis de table en Angleterre dans les années 1880, popularisé dans les années 1890 quand un américain créa une usine pour fabriquer et vendre le matériel du jeu. Tous auraient pu instaurer une continuité avec des jeux existant, celui des Chinois pour le tennis de table, celui des Aztèques pour le volley-ball, le korfball néerlandais pour le basket-ball, mais effacer la culture locale pour la substituer par une nouvelle est une technique qui avait déjà fait ses preuves lors des expériences colonialistes. Pour des compagnies commerciales, c’est aussi toujours plus facile de pénétrer une société sans repères, acculturée, qu’une société dite traditionnelle. Il faut donc distinguer d’un côté le jeu lui-même et les acteurs du jeu, et de l’autre les divers éléments extérieurs qui font qu’un jeu devient l’élément central d’une activité commerciale où le but du jeu n’est pas de jouer mais de gagner.

JEUX TRADITIONNELS ET JEUX OLYMPIQUES

Les sports modernes, ou plutôt les éléments qui gravitent autour, sont en fait très différents des jeux traditionnels, ceux d’aujourd’hui, car nous vivons au 21ème siècle et nous ne sommes pas en train de défendre des activités sociales qui existaient dans l’Antiquité, au Moyen Age ou à la fin du 19ème siècle. Le processus suivi par la majorité des sports modernes, au 19ème et surtout au 20ème siècle, a vu la bureaucratisation de la logique interne, non pas pour le jeu lui-même, mais pour le contrôle du système, pour le pouvoir, suivant ainsi le modèle de l’Etat, mais aussi celui de la révolution économique, élitiste, productiviste et néo-libérale. Ainsi a t-on entendu Jean-Michel Larqué (Ancien capitaine de l’équipe de France de football, et ancien entraîneur) s’écrier, lors d’un match qu’il commentait à la TV et suite à la rupture d’un piquet de corner qu’un joueur avait replanté dans le sol, « mais c’est incroyable, il faut que l’arbitre arrête immédiatement le match, les règles sont claires, le piquet doit mesurer x,xx cm, il faut un piquet de corner réglementaire pour pouvoir continuer le match ! » (Cette tendance à la complexification des règles par des éléments n’ayant rien à voir avec le jeu lui-même est caractéristique de tous les sports modernes). Cet exemple est à la fois attristant, mais significatif du système de sportivisation : contrôle du jeu par la bureaucratie – rôle primordial de l’économique à travers un matériel calibré au millimètre – pouvoir social de ceux qui contrôlent l’ensemble du système. Les grandes fédérations sportives internationales et leurs satellites, journaux spécialisés, TV, marques commerciales, ont donc tendance à devenir des entreprises de globalisation de la culture, pour des objectifs de contrôle, de pouvoir et de finance, exactement comme des entreprises multinationales. L’affaire du dopage à grande échelle, particulièrement celui révélé en décembre 2004 et qui impliquait de grands laboratoires travaillant pour l’athlétisme américain avant les derniers JO d’Athènes, est significative. Elle a d’ailleurs été très vite étouffée.

A ce propos il est intéressant de faire une petite parenthèse sur les jeux olympiques modernes rénovés à la fin du 19ème siècle par Pierre de Coubertin et ses alliés anglo-américain. Auparavant, dès 1612, des jeux se référant à l’Antiquité, les Cotswold Olympick Games, furent déjà organisés par un groupe de dissidents, parents ou amis de Shakespeare, pour signifier leur opposition à l’emprise des puritains de Cromwell sur la société anglaise de l’époque. Ces jeux avaient à leur programme la lutte, les combats d’épée, le lancer du fer à cheval, la course à pied, à cheval, soit l’environnement naturel des jeux de l’époque dans cette région de l’Angleterre. Puis en 1788 un projet est initié à Harward, USA. En 1793, c’est en Allemagne, en 1813, à Rome. En 1834, c’est au tour de la Suède. La Grèce enfin, alors qu’elle accède à l’indépendance en 1829, souhaite restaurer les Jeux d’Olympie pour renouer avec ses racines et surtout avec son prestigieux passé, et organise les Jeux Helléniques en 1859, 1870, 1875 et 1889. Dans ce cas la supposée liaison avec des jeux traditionnels est fausse et relève uniquement du mythe, car lorsqu’une pratique est morte et qu’on la reconstruit, cela signifie que la transmission a été rompue, c’est une fausse tradition. C’est le cas des Jeux Olympiques, dont la construction du mythe est comparable celui du mythe d’origine des Etats.

Les nouveaux jeux utilisèrent donc le mythe olympique pour habiller de respectabilité une pratique nouvelle, mais avec un code de pensée anglo-saxon. En effet, le développement du sport moderne aux Etats-Unis, lié au système commercial, était tel que le lobby américain avait tout intérêt à soutenir l’utopiste Pierre de Coubertin et ses amis Anglais pour créer un système de compétitions au niveau mondial. Ceci se fit sur le modèle sociétal déjà mis en place par les américains, en fonction de leur propre « habitus », c’est-à-dire un système où des aventuriers, des pauvres, ou des bannis peuvent passer à un statut de décideur, d’exploiteur et de riche par un concept quasi religieux du droit de réussir et de faire partie de l’élite, concept en partie hérité des frustrations ressenties auparavant par ces mêmes bannis, pauvres et aventuriers. Construits par eux, les J.O. étaient à l’origine une épreuve de jeux anglo-saxons, mais réservés à l’élite bourgeoise et aristocratique, car le sport ouvrier de haut niveau était déjà professionnel dès le 19ème siècle. Nous savons que les jeux, comme les langues, sont les résultats de modes de pensée, d’environnements différents. Les J.O. rénovés de 1896 furent donc, de fait, même involontairement, des jeux fortement ethnocentriques, et le sont toujours en partie aujourd’hui. Ils ont inoculé, souvent sans douleur apparente, une acculturation dans tous les pays n’ayant pas la force économique suffisante pour développer leurs propres jeux sportifs. Ils étaient et restent des jeux de pays riches, représentation du modèle économique dominant.

D’un côté nous avons donc des sports modernes qui se prétendent héritiers des anciennes activités physiques et des jeux traditionnels, affirmant être le prolongement, la filiation directe, de ces pratiques qui leur donnent une honorabilité. Ceci a été tant martelé par les instances officielles que les chercheurs, pendant plus de 100 ans, n’ont pas jugé nécessaire de s’intéresser aux jeux traditionnels, comme si ces derniers avaient simplement évolué, comme l’expliquait Darwin, jetant leurs vieux habits pour en mettre des neufs. Les anciens jeux n’existaient donc plus car ils avaient muté. Ceci se retrouve dans l’affirmation d’un haut fonctionnaire français du ministère des sports au colloque de 1988 à Villa Real, au Portugal (organisé par le Conseil de l’Europe, sur les jeux traditionnels). Il s’y montra solidaire des autres pays travaillant sur ce thème, mais affirma que la France n’était pas concernée car il n’y avait plus de jeux traditionnels actifs en France ! Il est vrai qu’en 1994, lors d’une rencontre au Danemark, un autre haut fonctionnaire français allégua qu’il n’y avait plus de langues régionales parlées en France !

DE LA MECONNAISSANCE DES JEUX TRADITIONNELS DANS LES UNIVERSITES

A côté de ces connexions complexes entre jeux traditionnels et sports, le mot traditionnel est aussi souvent utilisé pour désigner le mal, le grain de sable qui gêne la machine bien lubrifiée du système politico-sportif dominant. Le mot est animalisé (Concept ou un être vivant est affublé d’une image animale pour justifier de le traiter en être inférieur. Descartes parlait « d’animal-machine, opposé à l’homme qui raisonne » ; Taine parlait de « L'animal primitif qui subsiste indéfiniment dans l'homme ») pour mieux avoir le droit de l’abattre, ce qui masque les vrais problèmes, comme dans un tour de prestidigitation. Est-ce cette motivation, masquant le génocide des jeux traditionnels, qui inspira M. Stefano Cavazza, professeur à l’université de Bologne, lorsqu’il écrivit en préface au livre Giochi tradizionali in Valle d’Aosta, livre commandité par le gouvernement valdotain pour valoriser les jeux de tradition : « Un peu partout en Europe nous assistons à des implications nationalistes au niveau du recueil des traditions populaires, comme c’est le cas du Serbe Karadzic (…), cet intérêt pour les survivances est lié au rejet de l’industrialisation et des modifications apportées à la société, que l’industrie a introduites (…). Nous en trouvons la preuve (du refus de la modernité) dans le débat sur la présumée décadence entraînée par le développement de l’industrie culturelle et de la culture de masse (…) la commixtion (la combinaison) idéologique entre régimes de droite et folklore est désormais amplement documentée ». Pour finir il avance qu’heureusement les jeux Valdotains ont montré un meilleur esprit en s’arrimant au CONI, le comité olympique italien, ils sont donc dès lors absous de tout péché…

Là nous touchons au tabou des Jeux olympiques, au tabou du Sport. Les J.O., c’est l’image du forcément bien, ce sont les valeurs humaines universalistes, égalitaires, celles de la démocratie, de l’amitié entre les peuples, etc. Donc le sport moderne est forcément lui aussi un outil aux valeurs sociales et humaines exemplaires. D’ailleurs, lorsqu’un parent envoie son enfant jusqu’à l’entrée d’une salle d’entraînement, il repart rassuré, absolument convaincu que c’est un lieu où l’enfant est entre de très bonnes mains. Les loisirs sportifs ont pris de plus en plus de place dans notre monde actuel, et ces lieux n’en ont donc que de plus en plus d’importance, et pourtant les a priori positifs demeurent. Il n’y a pas de surveillance du système, ni même de mise en place de structures interdisciplinaires dont le rôle serait de veiller au bon fonctionnement démocratique et éducatif d’une activité qui est largement subventionnée par nos impôts. Dans les fédérations sportives françaises, les ordres du jour des comités directeurs ne prévoient que des points concernant l’organisation des compétitions, la formation des entraîneurs, l’arbitrage, la sélection pour les grandes compétitions ; rien quand à leur rôle éducatif non élitiste, aux apprentissages culturels, à l’épanouissement de la jeunesse en général. Est-ce uniquement pour cela que ces organismes reçoivent de l’argent, et ont-ils conscience de leur rôle dans la formation de la société de demain ?

La réflexion sur l’éducation de la jeunesse est-elle réduite à la reproduction du modèle sportif élitiste ? Alors que l’on accuse les jeux traditionnels de faire le jeu du nationalisme, ce qui reste manifestement à prouver, rien n’est justement dit sur le nationalisme olympique d’Etat et celui des grandes rencontres sportives internationales. Plus le mensonge est gros, plus il semble vrai dit-on. Il est attristant que ce scientifique, mais il n’est pas le seul, n’ait pas été capable de voir le travail novateur, critique, et alternatif du mouvement qui anime actuellement les jeux traditionnels, que l’on trouve à travers de nombreux textes scientifiques, là où le jeu est utilisé avant tout pour l’éducation sociale des générations futures. M. Cavezza a cependant raison lorsqu’il nous met en garde contre la quête des origines, contre de fausses traditions, des redécouvertes, mais alors, comment peut-il ne pas être également critique sur les J.O. ? Comme Don Quichotte attaquant ses moulins imaginaires, il fait abstraction d’une partie de la réalité. Il ne veut pas voir que depuis une vingtaine d’années des fédérations de jeux traditionnels, dont en particulier celle du Val d’Aoste, proposent des échanges internationaux égalitaires. Ces rencontres mettent en avant les jeux de tous les protagonistes, sans uniformisation des règles, sans langue d’échange unique. Chacun doit jouer au jeu de l’autre, en signe de respect à la culture de l’autre. Il y a également compétition, mais elle n’est qu’un prétexte à la rencontre humaine.

Comment dans ce débat oublier les démonstrations de Norbert Elias et Erik Dunning, dans leur livre Quest for excitement (titré Sport et civilisation en français), où ils utilisent le terme « jeux traditionnels » uniquement pour le bénéfice de leur théorie, supercherie qu’il est nécessaire de dévoiler. En effet, ces auteurs ne connaissent visiblement pas le monde des jeux traditionnels des années 1980 car ils n’y parlent que du rugby, du football, de la lutte (laquelle ?) et de la boxe du 18ème siècle. Ce sont leurs jeux traditionnels ! Elias et Dunning mettent en avant que le sport moderne, inventé en Angleterre, aurait pour effet d’évacuer les tensions liées aux contraintes sociales très fortes et croissantes de nos sociétés modernes, pour pacifier les relations entre les acteurs en suscitant justement des tensions et des émotions hors du temps réel, et très encadrées par des règles. En effet, l’être humain n’étant qu’un animal, ils expliquent que dans les sociétés civilisées où les états d'excitation et de tension sont en permanence fortement refrénés, le sport permet de susciter, dans un cadre très réglementé, la libération d’émotions nécessaires à la santé mentale. L’on reconnaît tout à fait là le fonctionnalisme anglais. Sans entrer dans le débat du concept qu’ils défendent, qui pourrait d’ailleurs être globalement appliqué aux jeux traditionnels d’aujourd’hui, il faut constater que c’est surtout là le thème général de l’Etat qui recherche le contrôle sur les individus. L’Etat désire tout contrôler, de plus en plus, et génère des règles que les citoyens ordinaires doivent strictement respecter. La démonstration aurait pu se faire à travers d’autres thèmes : les règles du travail, celles des échanges commerciaux (mais pas en Angleterre…), etc. Les deux auteurs nous parlent en fait d’une société qui a changé, la mentalité du 18ème siècle n’étant évidemment pas celle du 20ème, et le sport n’est qu’un des éléments ayant fait changer cette société. D’ailleurs vouloir comparer le 18ème et le 20ème siècle sans entrer dans une étude de contexte (la société du 18ème siècle était sans doute plus violente, depuis elle a changé, et les jeux ont suivi ce changement), c’est comme chercher à expliquer un mot de vieux français avec du français moderne, ça ne fonctionne pas ! Par ailleurs les deux auteurs encensent les sports olympiques et leurs règles, ces mêmes sports qui puisent leurs mythes dans l’Antiquité, jeux de l’Antiquité qu’Elias et Dunning attaquent justement pour leur violence… (Il y a là le même paradoxe que chez Cavezza). Les auteurs avaient donc une certitude à démontrer, leur thèse, car ce n’est pas leur démonstration, démarche logique, qui démontre cette théorie. L’outil jeux traditionnels, activité n’existant plus pour eux en 1980, fut un bouc émissaire qui ne leur répondrait pas…

Elias et Dunning défendent la sportivisation comme étant un processus de civilisation, un élément fondamental de création d’un habitus où l’être humain apprend à se contrôler, pour ensuite réinjecter ce contrôle des pulsions dans sa propre société. Si l’objectif est défendable, il me semble que nous devons être très prudents sur les moyens, et encore déclarer que les situations sont différentes entre le 18ème siècle et le 20ème, que la violence s’est donc peut-être simplement déplacée, qu’elle pourrait être différente. Par ailleurs, lorsque Elias déclare qu’il est plus violent pour un chasseur de tuer un renard de ses propres mains que de donner ce travail à ses chiens (à d’autres donc), cela signifierait-il que c’est un progrès de civilisation que de déléguer l’acte de violence à quelqu’un d’autre, même à l’Etat ? L’on peut poursuivre cette démonstration en disant que c’est moins violent de décider de bombarder une ville plutôt que d’y aller s’y battre ! Le discours actuel sur le besoin de prendre des décisions pour réduire la dégradation du climat de la Terre tient du même phénomène. Tout le monde est pour, mais c’est aux autres de faire l’effort ! C’est l’apologie de la déresponsabilisation, du bouc émissaire, et aussi du droit de l’expert à penser pour le groupe. C’est le droit d’animaliser celui qui ne pense pas comme soi pour mieux justifier la nécessité de le détruire. La mise en place, en Angleterre, de millions de caméras vidéo pour surveiller les rues, les autoroutes, les routes de campagne, et même les hameaux, sont la suite logique de ce processus de civilisation où il faut imposer le contrôle de soi, suivant une logique que l’on trouve dans le livre le meilleur des mondes de Huxley, mais aussi celle de Cromwell, le sanguinaire puritain purificateur de la pensée subversive, au 17ème siècle.

Norbert Elias, scientifique étudié dans de nombreuses universités Occidentales, utilisa son expertise pour des démonstrations où transparaissent en fait la logique de l’environnement religieux, de la culture et de la langue de son pays d’adoption (il avait fui l’Allemagne hitlérienne), c’est-à-dire l’Angleterre. Rappelons à ce propos que le rôle des experts n’est pas de diriger le monde, comme nous le voyons de plus en plus, mais d’aider les peuples à prendre des décisions, à travers leurs représentants. La pensée est en effet comme les jeux, universelle, et comme les hommes, leurs cultures et leurs jeux, riche de ses différences. Prenons l’exemple des langues qui sont des constructions de codes de pensées modelés par l’« habitus » auquel personne ne peut complètement échapper. Les langues sont donc les représentations langagières de situations limitées géographiquement et temporellement. La notion de Logique (la science du langage, de l’expression claire et cohérente de la pensée) ne s’exprime qu’à travers les éléments d’une langue, et n’est valable que pour les êtres humains plongés dans l’environnement de la culture représentée par cette langue. Ainsi, lorsque l’on parle d’installer la démocratie dans un autre pays, ce n’est donc en réalité que la représentation de sa propre démocratie, d’un mode de pensée d’une civilisation particulière dont on parle. C’est la même chose pour les jeux sportifs. Ce système de pensée peut être assimilé à une volonté d’acculturation par les sociétés auxquelles cela est imposé. Ce système est toujours accompagné et accentué par les moyens technologiques de notre époque. Il est d’autant plus fort que l’on possède la puissance économique. Il peut être assimilé au phénomène de globalisation que l’on observe aujourd’hui, où le système économique dominant cherche à imposer son propre environnement culturel.

Dans les sociétés rurales traditionnelles, telles qu’il en existait encore dans beaucoup de régions au début du 20ème siècle, le contrat social imposait que toute novation devait subir des tests avant d’être adoptée, les choses avançant par étape, le changement était surveillé par la communauté. Sans doute y avait-il besoin d’introduire des systèmes plus souples, moins soumis aux « patriarches », mais le balancier, lorsqu’il a été relâché, est passé d’un extrême à un autre extrême. Aujourd’hui le mouvement alternatif représentant les jeux traditionnels commet l’affront de mettre en doute des orientations que très souvent le peuple n’a pas choisies, et donc le processus décisionnel non démocratique qui les a mis en place. De nombreuses modifications structurelles de nos sociétés sont imposées par des multinationales, et avant que nous ayons pu commencer à analyser s’il fallait les adopter ou les rejeter, une autre modification envahit notre vie, annihilant toute possibilité de réponse, et ainsi de suite. Tout le monde y perd ses repères et donc son esprit critique, puisque la critique se nourrit toujours des repères que l’on a. On s’aperçoit alors que les sports modernes sont des activités qui ont été pour beaucoup marchandisées, à dessein, pour augmenter l’espace temporel où les citoyens que nous sommes deviennent des consommateurs, à la TV, dans les matchs, dans les salles d’entraînement, dans les salles de mise en forme. Après cette étude approfondie, il est plus clair que les jeux traditionnels sont complètement différents de la structure des sports spectacles modernes, tout en sachant que tous les jeux, tous les sports ne relèvent pas des mêmes options. De la même façon, tous les niveaux sportifs ne sont pas à mettre dans le même panier, même s’il est parfois facile de critiquer l’élite que l’on voit à la TV, et ensuite de faire plus ou moins la même chose dans son petit club.

REVENIR A UN ESPRIT D’OUVERTURE, D’ECHANGES ET D’EMPRUNTS

L’échange équitable, équilibré, respectant les cultures, sans idée de domination ou d’expansionnisme, qui a été évoqué plus haut, une fois mis en place au travers des rencontres de jeux traditionnels, est bien plus efficace pour le progrès de la démocratie dans le monde que celui où le modèle dominant veut imposer son idée, sa représentation personnelle de la démocratie par la force, la compétition. Des échanges égalitaires, cela signifie chez les participants un esprit d’ouverture où l’on a envie d’apprendre l’un de l’autre. Ceci entraîne des échanges et des emprunts culturels très riches si l’on considère la très grande diversité des jeux traditionnels, mais aussi volontaristes, de collaboration. Les emprunts, c’est aussi la transmission de ce que nous pensons bon pour notre communauté, c’est comme cela que les sociétés progressent. Il faut alors très sérieusement s’interroger sur les résultats que pourront avoir sur plusieurs générations de jeunes les habitudes créées par des rencontres humaines, appelées sportives, où l’objectif principal est toujours de dominer l’Autre à travers la compétition. L’introduction de cet esprit antagoniste dans toutes les compétitions sportives risque bien à terme de nous faire retourner aux rites des Indiens du 13ème siècle, « mon équipe est le bien, et l’autre le mal ».

Cependant, restons très humbles et ne renversons pas une absurdité, celle du sport comme solution miracle aux problèmes sociaux, par une autre mettant en scène les jeux traditionnels. Ceux ci ne sont évidemment pas en soi une réponse à tous ces problèmes de société, mais les questions que révèle leur étude permettent de les détecter, parfois de les démasquer, et ensuite de les aborder. Les jeux traditionnels peuvent alors être des outils alternatifs, post modernes, dans le domaine des loisirs et des sports, non pas pour qu’ils deviennent eux-mêmes des sports de type moderne, car ils sont différents, mais au contraire pour servir de laboratoire à une réflexion globale sur ce thème, pour aider la société toute entière à réformer le système du loisir et de la compétition sportive. Pour cela il faut ré-alimenter la curiosité et la connaissance à travers une recherche scientifique fondamentale et expérimentale, dans le domaine historique, ethnologique, sociologique, psychologique, etc. Les travaux réalisés dans les différents instituts universitaires, dont plusieurs étaient représentés à Nantes, et dans certaines organisations de jeux traditionnels en sont des exemples concrets.

N’oublions jamais que pour savoir où l’on va, et pourquoi, il est d’abord primordial de comprendre d’où l’on vient.

 

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pdfGuy_Jaouen_Quels_Loisirs_sportifs_fr.pdf


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